Voyager pour des soins, c’est rarement un voyage comme les autres. On monte dans une voiture, dans un autobus ou dans un train — pas pour des vacances, mais pour aller chercher ce dont le corps a besoin. Et pourtant, le trajet lui-même peut peser lourd. La fatigue s’accumule avant même d’arriver à destination. Le stress s’installe dès la veille au soir.
Pour beaucoup de personnes atteintes d’un cancer, ces déplacements font partie du quotidien depuis des semaines, parfois des mois. La chimiothérapie. La radiothérapie. Les suivis oncologiques. Chaque rendez-vous est important — mais chaque aller-retour a un coût énergétique réel.
Cet article n’a pas la prétention d’éliminer cette fatigue. Elle fait partie du parcours, et il serait faux de dire le contraire. Mais certaines façons d’organiser ses déplacements permettent d’arriver un peu moins à bout, de rentrer avec encore un peu de soi. C’est ce qu’on explore ici : voyager pour des soins de façon plus douce, plus préparée, plus humaine.
Ce que voyager pour des soins fait vraiment au corps
Avant de parler de stratégies, il peut être aidant de comprendre ce qui se passe dans le corps pendant ces trajets.
La fatigue liée au cancer — qu’on appelle souvent fatigue oncologique — est différente d’une fatigue ordinaire. Elle ne disparaît pas avec une bonne nuit de sommeil. Elle est multifactorielle : les traitements eux-mêmes y contribuent, mais aussi l’anxiété, les perturbations du sommeil, l’anémie fréquente en contexte oncologique, et les efforts physiques comme les déplacements.
Selon les données disponibles, la fatigue est l’effet secondaire le plus fréquemment rapporté par les personnes en traitement de chimiothérapie ou de radiothérapie. Elle touche entre 70 % et 100 % des patients, selon les études.
Voyager pour des soins amplifie cette fatigue de plusieurs façons :
- La position assise prolongée ralentit la circulation et peut augmenter l’inconfort dans les membres
- Les environnements inconnus activent une vigilance de fond qui consomme de l’énergie nerveuse
- L’anticipation du soin à venir génère souvent une tension corporelle avant même d’arriver
- Le retour, souvent après un soin épuisant, se fait dans un corps déjà sollicité
Ce n’est pas dans la tête. C’est dans le système nerveux, dans les muscles, dans les cellules qui ont besoin de récupérer.
Préparer le départ sans s’épuiser la veille
Une bonne partie de l’épuisement lié au déplacement commence avant même de sortir de la maison. La veille d’un rendez-vous oncologique est souvent chargée : on vérifie les horaires, on prépare les documents, on essaie de dormir mais on n’y arrive pas vraiment.
Quelques repères qui peuvent alléger ce moment :
Préparer un petit sac dédié aux soins — un sac qui reste toujours prêt, avec les documents médicaux, une bouteille d’eau, un collation légère, un vêtement chaud en cas de frissons post-soin, et quelque chose de réconfortant (une petite couverture, de la musique, un objet familier). Ne plus avoir à tout rassembler le matin d’un rendez-vous, c’est déjà un poids en moins.
Confirmer la logistique la veille, pas le matin — l’adresse de la clinique, le stationnement, le nom de la personne qui accompagne. Laisser le matin du rendez-vous aussi libre d’agitation que possible.
Autoriser un rythme plus lent la veille au soir — pas de grandes tâches, pas d’écrans stimulants juste avant de dormir. Le corps se prépare mieux au repos qu’à l’effort la veille d’un traitement.
Voyager pour des soins : ce que le trajet lui-même peut apporter
Ce serait dommage de ne voir le trajet que comme une contrainte. Pour certaines personnes, c’est un des rares moments dans la journée où personne ne demande rien. On n’est plus à la maison avec ses responsabilités. On n’est pas encore dans la salle d’attente avec ses angoisses. On est entre les deux.
Cet espace de transition peut devenir, avec un peu d’intention, un moment de préparation douce.
Dans la voiture (quand on est passager, ou en transport en commun) :
- Une liste de musique qu’on aime vraiment, pas celle qu’on met par défaut
- Un balado doux — une histoire, de la nature, de la méditation guidée
- Les yeux fermés, simplement. Sans obligation de se distraire ni de penser à l’arrivée
Le trajet du retour mérite encore plus d’attention. Après un soin, le corps a souvent besoin de silence, de chaleur, de ne pas être stimulé. Si c’est possible, prévoir un retour sans détour, sans arrêt non nécessaire, sans obligation sociale.
Le corps en position assise : quelques gestes simples
Pour les personnes qui doivent voyager pour des soins sur de plus longues distances — parfois une heure, parfois plus — la position assise prolongée peut accentuer certains inconforts : jambes lourdes, dos tendu, mains ou pieds qui gonflent légèrement.
Voici quelques gestes qui peuvent aider, selon les conditions physiques de chacun. Note de prudence clinique : ces suggestions ne remplacent pas les consignes données par l’équipe médicale. Certaines conditions (thromboses, chirurgies récentes, lymphœdème) demandent des précautions spécifiques. En cas de doute, consulter l’équipe traitante.
Pour les jambes :
- Flex-extensions douces des chevilles en position assise (comme si on appuyait sur un pédale imaginaire, puis on relâche)
- Si l’arrêt le permet, quelques minutes debout et un court pas de marche, même à l’intérieur d’une aire de service
- Éviter de croiser les jambes pendant de longues périodes — cela comprime la circulation
Pour le haut du corps :
- De petites rotations des épaules vers l’arrière, doucement, sans forcer
- Un appui-tête ou un coussin de voyage pour soutenir le cou si la fatigue invite à s’assoupir
- Éviter de tenir les bras croisés serrés sur la poitrine — cela maintient une tension thoracique
Quand la distance est vraiment grande : les ressources d’hébergement
Pour certaines personnes, voyager pour des soins ne veut pas dire un aller-retour dans la même journée. Les traitements de radiothérapie, par exemple, peuvent nécessiter des visites quotidiennes sur plusieurs semaines. Quand la distance est trop grande pour rentrer chaque jour, des ressources existent.
La Fondation québécoise du cancer offre notamment des hébergements à prix réduit ou gratuits près de certains centres de traitement, ainsi qu’un soutien pour les frais de transport. Ces services sont souvent méconnus — il peut valoir la peine d’en parler à l’équipe sociale ou oncologique.
Cancer-Aide Lanaudière, partenaire de la clinique, peut également orienter vers des ressources adaptées à la région. Leur réseau est ancré localement, et ils connaissent les réalités concrètes des personnes qui vivent avec le cancer dans Lanaudière.
La fatigue du retour : lui faire de la place
Il arrive souvent qu’on planifie très bien l’aller — mais pas le retour. On rentre à la maison après un traitement, et on pense qu’on devrait être capable de reprendre le cours normal de la journée.
Ce n’est pas toujours réaliste. Et ce n’est pas un manque de volonté.
Planifier un moment de repos après le retour peut faire une vraie différence. Pas nécessairement dormir — parfois juste s’allonger, couvrir ses épaules, laisser le silence faire son travail. Certaines personnes trouvent utile de prévoir une heure ou deux sans demande extérieure : pas de courriels, pas de cuisine, pas de conversation difficile.
Le corps qui vient de traverser un traitement a besoin d’intégrer ce qui s’est passé. C’est un besoin physiologique, pas une faiblesse.
L’accompagnement : choisir la bonne personne pour le bon trajet
Voyager pour des soins avec quelqu’un peut être une vraie source de soutien. Mais pas n’importe comment, et pas nécessairement avec n’importe qui.
La personne qui accompagne idéalement un trajet de soins est celle qui peut rester dans le silence sans que ça devienne pesant. Celle qui n’a pas besoin de remplir chaque moment d’une conversation ou de rassurer à tout prix. Parfois, la présence physique suffit — et elle suffit beaucoup.
Il peut être aidant, si on en a la possibilité, de communiquer à l’avance à la personne qui accompagne ce dont on a besoin. Pas de règles strictes, juste une information : « Sur le chemin du retour, j’aurais besoin de silence » ou « Si ça va bien, j’apprécierais une petite halte quelque part avant de rentrer. »
Les proches veulent bien faire. Mais ils ne savent pas toujours quoi faire. Un peu de guidage doux leur rend service autant qu’à la personne soignée.
Et le massage dans tout ça?
L’oncomassothérapie ne s’arrête pas aux murs de la clinique. Une des choses qu’on peut explorer ensemble lors d’une séance, c’est comment le corps réagit aux déplacements, comment certaines tensions s’installent entre les rendez-vous médicaux, et comment le toucher peut aider à récupérer plus efficacement entre les traitements.
Voyager pour des soins sollicite le corps de façon bien réelle. La position assise prolongée, le stress anticipatoire, la fatigue accumulée — tout ça laisse des traces musculaires et nerveuses. Une approche manuelle douce et adaptée peut aider à relâcher ces tensions, à améliorer la circulation dans les membres, et à offrir au système nerveux un signal de sécurité dont il a grand besoin.
Ce n’est pas une promesse de guérison. C’est une façon d’accompagner le corps dans ce qu’il traverse — avec les mains, avec présence, avec respect des limites que chaque personne porte en elle.
Voyager pour des soins : foire aux questions
Est-ce normal de se sentir épuisé rien qu’à l’idée du trajet?
Tout à fait. L’anticipation d’un soin médical — surtout en contexte oncologique — active une réponse de stress dans le corps. C’est automatique, pas irrationnel. Le système nerveux prépare le corps à quelque chose d’intense. Reconnaître cela, sans se juger, est déjà un premier pas.
Y a-t-il des positions à éviter en voiture après une chimiothérapie?
En général, la position allongée est plus récupératrice que la position assise droite. Quand c’est possible, voyager en position semi-allongée sur le siège passager peut aider. Croiser les jambes est à éviter sur de longs trajets. Pour des situations particulières (port-à-cath, lymphœdème, neuropathies), l’équipe traitante est la meilleure référence.
Mon proche tient absolument à m’accompagner, mais sa présence m’épuise parfois. Comment lui dire?
C’est un défi fréquent et humain. On peut commencer par reconnaître l’intention derrière son geste — il veut aider, il veut être là. Puis exprimer un besoin concret : « J’ai besoin de silence sur le chemin du retour » est plus facile à recevoir qu’une critique. Certaines personnes trouvent aussi aidant de parfois varier les accompagnateurs selon les jours.
Voyager pour des soins en hiver au Québec : comment se préparer aux imprévus?
La météo peut compliquer des trajets déjà fatigants. Quelques repères : prévoir une marge de temps supplémentaire pour éviter l’urgence, avoir un numéro à appeler en cas de retard à la clinique, et garder dans le sac de soins un vêtement chaud de plus qu’on pense nécessaire. Les centres de traitement sont généralement habitués aux aléas météo — appeler si on risque d’être en retard est toujours une bonne idée.
La massothérapie peut-elle vraiment aider avec la fatigue liée aux déplacements?
Les données disponibles indiquent que la massothérapie oncologique adaptée peut contribuer à réduire la fatigue perçue, améliorer la qualité du sommeil et diminuer l’anxiété chez les personnes en traitement. Ce n’est pas un remède universel, mais pour beaucoup, c’est un appui concret entre les traitements médicaux.
Partir moins lourd, revenir un peu plus entier
Voyager pour des soins fait partie d’un parcours qui demande déjà beaucoup. Ce n’est pas anodin. Et les ressources — énergétiques, émotionnelles, physiques — ne sont pas illimitées.
Prendre soin de comment on se déplace, c’est prendre soin de soi avant même d’arriver à la clinique. C’est un geste d’intelligence envers son propre corps.
Si tu sens que le moment est juste pour être accompagné avec douceur entre tes traitements, tu peux prendre rendez-vous ici : https://www.jdg-massotherapie.com/prendre-rendez-vous
